Lorsque je m'étais réveillée ce matin-là, j'avais tout de suite senti que j'étais différente. Différente de la fille que j'étais était hier, de celle qui s'amusait chaque soir jusqu'au bout de la nuit et buvait jusqu'à en oublier son prénom. A partir de cet instant, plus rien ne fut comme avant. Cela faisait maintenant plus de six mois que j'avais perdu cette partie de moi-même, doutant à chaque instants un peu plus de réussir à la retrouver un jour. Mais qu'importe, le spectacle devait continuer. Mon sourire ne se déroba pas, malgré le terrible sentiment de solitude grandissant peu à peu en mon c½ur. Après tout, avais-je seulement le droit d'être triste ? J'avais tout pour être heureuse : des parents géniaux, beaucoup d'amis, de bonnes notes et un peu de cet infime talent qui fait défaut à la plupart des gens. N'étant pas sûre d'avoir le droit de me plaindre, j'ai continué de sourire. Oui, le spectacle ne devait en aucun cas s'arrêter. Les soirées s'enchaînèrent, devenant de plus en plus ennuyeuses et déprimantes, m'enfonçant de plus en plus dans ma solitude. Personne n'avait rien remarqué, et lorsque j'essayais d'en parler, certains me disaient que ça passerait, d'autres qu'ils comprenaient, et d'autres encore ne croyaient pas qu'une fille comme moi pouvait aller mal. Une fille si... souriante. Mais ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il se cachait derrière les sourires mélancoliques et évasés des gens que vous croisiez ? Les apparences sont parfois trompeuses. Mon sourire n'était plus qu'un rempart contre les larmes perlant sans cesse à mes yeux. Il y avait ceux qui se disaient mes amis et ceux qui l'étaient vraiment. Il y avait ceux qui m'ont déçue, nombreux, et ceux qui m'ont étonnée. Ces derniers se comptaient sur les doigts d'une seule main. Après tout, que peut-on bien faire d'une pauvre fille déprimée ? Qu'est-ce qui peut bien traverser son esprit dérangé pour qu'elle éclate en sanglots en plein milieu d'un cours ? Ma plus grande déception a été la perte d'une amie qui m'étais chère, mais qui semblait ne rien vouloir d'autre que de me voir m'enfoncer dans ma douleur, me rabaissant sans arrêt jusqu'à ce que je me sente devenue si inutile que j'aurais voulu ne jamais être née. Après cette douloureuse prise de conscience qui m'éloigna de cette soi disant amie, pour moi, me lever le matin devint synonyme d'une mauvaise journée de plus. Une mauvaise journée de trop, sans doute. J'avais la gorge nouée en permanence, les larmes aux yeux à l'écoute des chansons qui me faisaient vibrer, le teint pâle et les yeux hagards d'avoir mal dormi, comme toujours. Bien sûr, il restait quelques moments de bonheur, de fous rires, mais au-dessus de moi planait toujours l'ombre menaçante de mes sombres pensées. Peu à peu, j'ai compris : je ne savais pas ce que je recherchais, mais je savais ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas de ces faux amis, ni de cette vie toute tracée. C'est alors qu'à commencée la grande évasion. Bien sûre, j'aurais voulu la vivre en vrai, m'enfuir loin de ce monde hypocrite, mais j'étais bien trop lâche, alors je me suis contentée de rêver. Et j'ai découvert le pouvoir des mots, et le don que j'avais de les rendre beaux. Ecrire était devenu plus qu'un besoin, une échappatoire, m'empêchant de sombrer. Mon sourire n'avait jamais cessé d'illuminer mon visage le temps de cette période, et pourtant j'avais terriblement souffert de cette indifférence affectée qu'affichaient la plupart de mes proches. Oui, les apparences ne sont au final qu'une manière d'enfouir nos faiblesses au plus profond de notre âme, et certains regards peuvent parfois cacher plus de solitude que milles c½urs. Nous sommes seuls face à la souffrance...
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